Deux ans de travail. Des réunions, des plans, des devis, des tableaux comparatifs… Le conseil syndical, le maître d’œuvre et l’assistant à maîtrise d’ouvrage n’ont pas ménagé leurs efforts pour préparer un projet de travaux sérieux et cohérent.
Quatre réunions collectives avaient été proposées aux copropriétaires pour présenter le projet, répondre aux questions et permettre à chacun de se faire une opinion. Quatre occasions auxquelles M. B. n’avait jamais participé.
Arrive enfin le grand soir : l’assemblée générale appelée à voter les travaux.
Un temps d’échange de quinze minutes est prévu. Quinze minutes qui, sous l’impulsion notamment de M. B., vont se transformer en une heure de débat.
M. B. prend la parole. Il pointe du doigt de prétendues incohérences dans les chiffres transmis. Les montants ne concordent pas, les documents soulèvent des questions, le projet semble soudain bancal. Après presque deux ans de préparation, nous voilà au bord du naufrage !
Le conseil syndical tente de suivre, le maître d’œuvre cherche à comprendre, et moi assistant à maîtrise d’ouvrage doit justifier des chiffres pourtant soigneusement préparés.
Puis, au fil des échanges, le mystère se dévoile : M. B. a tout simplement pris des annexes destinées à une assemblée générale extraordinaire de travaux… d’une autre copropriété, dans laquelle il est également propriétaire ! erreur ou mauvaise foi ? on ne saura pas
Une heure de débat pour une erreur de dossier. Deux ans de préparation face à quelques feuilles égarées.
L’assemblée poursuit son cours. Le vote a lieu. Malgré le vote défavorable de M. B., les travaux sont adoptés.
On pourrait croire l’histoire terminée. Mais non !
M. B. reprend la parole. Il repart dans de longues explications pour justifier son vote contre, comme s’il espérait encore renverser une décision qui vient d’être prise.
C’est alors que je lui réponds, calmement, sans ironie apparente :
« Monsieur B., vous avez voté contre. Vous êtes libre de votre choix. Vous n’êtes pas obligé de vous justifier. »
Un silence. Un regard.
Sur le visage de M. B., je crois lire une déception mêlée de surprise. Sur celui des membres du conseil syndical, M. T, je crois percevoir autre chose : un soulagement, presque un remerciement.
Après deux ans de travail, quatre réunions collectives et une heure de débat supplémentaire, il aura suffi d’une phrase pour refermer le dossier.
Ce soir-là, j’ai retenu une leçon essentielle de la vie en copropriété : on peut passer des heures à expliquer un projet, des mois à le préparer et des années à le construire. Mais parfois, la meilleure façon de faire avancer une assemblée, c’est simplement de rappeler à chacun qu’il est libre de voter… et qu’il n’a pas besoin de plaider sa cause après avoir voté.
Quant aux annexes de la mauvaise copropriété, elles auront au moins eu un mérite : nous offrir une histoire que personne n’avait inscrite à l’ordre du jour.