Dans notre métier de gestionnaire de copropriété, il existe un endroit où l’on n’entre jamais complètement serein.
Le local poubelle.
Hier soir, je devais justement y faire un inventaire avec une membre du conseil syndical. À peine arrivées devant la porte, elle me glisse, mi-sérieuse, mi-inquiète :
— « Vous êtes sûre qu’il n’y a pas de rats ? »
Jusque-là, je ne m’étais pas posé la question.
Mais une fois le mot prononcé…Impossible de penser à autre chose.
Je pose la main sur la poignée. Elle fait un discret pas en arrière. Je l’ouvre lentement.
Silence.
Personne.
Enfin… presque.
Quelques toiles d’araignées avaient manifestement élu domicile depuis un certain temps.
L’aspirateur était hors service.
Le balai n’était plus qu’un manche.
La tête de loup… avait perdu la tête.
Et la serpillière semblait avoir rendu les armes depuis bien longtemps.
Nous étions venues faire un inventaire.
Nous avions surtout découvert un véritable cimetière du matériel d’entretien.
Je regarde la conseillère. Elle me regarde. Puis nous éclatons de rire.
Le fameux rat n’était jamais venu.
En revanche, le matériel, lui, semblait avoir traversé toutes les guerres.
On parle souvent du métier de gestionnaire de copropriété à travers les assemblées générales, les budgets, les sinistres ou les travaux.
Mais on oublie ces moments improbables.
Ces expéditions dans les caves, les combles, les locaux techniques…
Et ces portes que l’on ouvre avec une légère appréhension, sans jamais savoir ce qui nous attend de l’autre côté.
Finalement, ce soir-là, nous n’avons croisé ni rat, ni souris. Seulement un aspirateur à bout de souffle, un balai amputé, un loup décapité…
…et un fou rire qui, lui, était en parfait état de fonctionnement.