Dans cette résidence , les sujets habituels reviennent souvent.
– Les poubelles.
– Les stationnements.
– Les charges.
Et puis un matin, le téléphone sonne :
— « Bonjour… je suis désolé de vous appeler pour ça… mais là, ça devient compliqué. »
Silence gêné.
Puis cette phrase :
— « La voisine du 4e… est extrêmement bruyante la nuit. »
Premier signalement.
Puis un deuxième.
Puis un troisième.
À chaque fois, le même embarras au téléphone.
Les mêmes phrases commencées à moitié.
Les mêmes sous-entendus.
Personne ne voulait vraiment entrer dans les détails.
Mais toute la résidence avait compris.
Les nuits de la voisine étaient…très expressives.
Au début, certains en riaient presque.
Puis la fatigue a remplacé l’amusement.
Parce qu’à 2h du matin, les murs fins d’un immeuble transforment rapidement la vie privée de quelqu’un… en réunion de copropriété involontaire.
J’ai donc contacté son propriétaire. Puis le gestionnaire locatif.
Conversation délicate.
Très délicate.
Et puis cette réponse, totalement inattendue :
— « Oh, vous savez… ils sont tous vieux dans cette résidence. Ça leur donnera peut-être envie. Moi, je m’éclate… je profite de la vie. »
Silence.
Le vrai silence.
Celui où, professionnellement, vous ne savez plus exactement où regarder… ni quoi répondre.
Et, cerise sur le gâteau :
quand on connaît personnellement la personne au bout du fil,
le malaise prend encore une autre dimension.
Parce que dans notre métier, il faut parfois gérer :
des dégâts des eaux,
des AG sous tension,
des conflits de voisinage…
…et parfois aussi,
la vie sentimentale beaucoup trop sonore d’une locataire parfaitement assumée.
Finalement, après plusieurs échanges, le calme est revenu.
Pas totalement.
Mais suffisamment pour que la résidence retrouve des nuits plus paisibles.
Et ce jour-là, en refermant le dossier, je me suis dit une chose :
On imagine souvent le métier de syndic comme un métier technique.
Mais la copropriété,
c’est surtout des appartements…
et des façons très différentes de vivre ensemble.
Même la nuit.