👻 J’ai mis 6 ans à saisir… un fantôme.
On croit que le métier de syndic, c’est gérer des appels de fonds et des ascenseurs en panne.
Parfois, c’est plutôt une enquête.
Lente. Silencieuse. Presque irréelle.
🖐️Au départ : rien d’anormal.
Un simple impayé de charges.
Un petit studio qui vaut à peine le prix d’un SUV de luxe d’occasion.
Le tribunal condamne la propriétaire à payer. Classique.
J’appelle l’huissier. Sa réponse tombe :
➡️ Compte bancaire vide.
➡️ Personne introuvable.
Disparue.
Puis, en AG, quelqu’un murmure :
« La mère ? On ne l’a pas vue depuis des années…
…mais le fils vit toujours dans l’appartement. »
30 ans. Invisible. Injoignable.
Il ne paie rien. Mais il vit là.
L’eau coule. Le chauffage tourne.
Et la dette grimpe… aux frais des voisins.
Le vrai blocage :
Pour récupérer l’argent, il faut saisir le bien.
Mais comment saisir l’appartement d’une propriétaire disparue ?
Les juges avancent au millimètre. On touche au droit sacré de la propriété.
On déclenche la procédure de « personne disparue » et je découvre qu’il y a beaucoup d’autres créanciers.
Et le temps judiciaire commence à avaler le dossier.
Année 1.
Année 2.
Année 3.
⏳Moi, je regarde une autre horloge tourner : celle de la garantie des charges.
⚖️ Le point “Law” : À l’époque, la copropriété avait un privilège protégeant les dettes récentes. Depuis la réforme, c’est l’hypothèque légale (Art. 2402 du Code civil) qui couvre l’année en cours et les 4 précédentes.
📜Sur le papier, la loi nous protège.
Dans la vraie vie, plus la procédure s’étire, plus le recouvrement devient un pari risqué.
Année 4.
Année 5.
Année 6.
Entre temps : Administrateur nommé. Saisie lancée.
Le fils ? Il a décampé en quelques jours dès que le vent a tourné.
La mère ? Toujours introuvable.
Ma leçon de terrain :
En syndic, le vrai adversaire n’est pas toujours le débiteur. C’est le temps.
Parce qu’à la fin, quand la procédure a été trop lente, ce ne sont jamais les fantômes qui paient.
👉 Ce sont les autres copropriétaires.
Et vous, c’est quoi le dossier qui vous a fait dire : « On n’est plus dans la gestion… on est dans une série Netflix » ?
Au-delà des chiffres, c’est ce silence qui m’a marqué. Une procédure muette. On peut mourir ou disparaître, être saisi de ses biens, être déclaré décédé sans que cela n’émeuve personne. Cette femme reste, pour moi, une énigme.